2019 · Enfants et forces armées
Le doute profite à l'enfant
En mars 2019, l'état-major des forces terrestres a fait venir le REEJER dans un camp militaire de Kinshasa. Sa mission tenait en une phrase : regarder, écouter, et dire lesquels de ces jeunes hommes venus s'engager étaient encore des enfants.
Une loi, et un camp militaire
La République démocratique du Congo a ratifié la Convention relative aux droits de l'enfant et inscrit dans sa loi l'interdiction d'enrôler un enfant dans les forces et groupes armés. Le texte range ce recrutement parmi les pires formes d'exploitation.
Reste que, devant le bureau de recrutement, la loi a besoin de quelqu'un capable de distinguer un garçon de dix-sept ans d'un homme de dix-neuf. Beaucoup de candidats n'ont pas d'acte de naissance. Certains se présentent avec une carte d'électeur flambant neuve qui ne porte aucune empreinte digitale.
C'est donc l'armée elle-même qui appelle. À plusieurs reprises en mars et avril 2019, l'état-major a invité les agents de protection de l'enfant du REEJER au camp Kokolo, auprès de la Direction de l'information, de la sélection et de l'orientation de la 14e région militaire. Il faut des autorisations : on entre dans un camp. Le REEJER ne s'y impose pas, il y est convoqué.
La méthode
Le travail suit les Standards opérationnels d'évaluation de l'âge, élaborés avec l'UNICEF pour prévenir le recrutement des enfants. Il commence, contre toute attente, par des chansons. Une brève animation, puis l'équipe explique aux candidats rassemblés pourquoi le pays a ratifié la Convention et fait du recrutement d'un enfant une infraction. L'intention est explicite dans les rapports : que ceux qui seront écartés ne repartent pas humiliés, mais convaincus que la loi leur donne raison.
Vient ensuite l'appel nominal, puis l'observation. Les évaluateurs font asseoir tout le monde et appellent les candidats par petits groupes de cinq ou dix, pour les regarder un par un. Quand des indices donnent à penser que l'un d'eux est mineur, il est mis à part pour un entretien approfondi : son histoire, sa fratrie, sa scolarité, ses maladies, et ce qu'il garde en mémoire des grands événements du pays, heureux et malheureux. Faute d'acte de naissance, le souvenir sert de calendrier.
Huit principes encadrent la séance : l'intérêt supérieur de l'enfant, le bénéfice du doute, la non-discrimination, la participation et le consentement éclairé, le respect de la dignité et de l'intégrité physique et mentale, le professionnalisme, le dernier recours, et la confidentialité du registre. Les rapports citent la règle pénale qui gouverne tout le reste : le doute profite à la minorité.
Chaque séance se clôt par un procès-verbal contresigné par toutes les parties présentes, service de recrutement, évaluateurs et observateurs. Les candidats certifiés enfants sont photographiés, afin que nul ne les représente ailleurs, puis confiés à la DISO pour le retour en famille.
Ce que les séances ont donné
Entre le 8 mars et le 1er avril 2019, sept journées d'évaluation se sont tenues au camp Kokolo. Sur 1 721 candidats enregistrés, 1 712 sont passés devant les évaluateurs ; 101 ont été présumés enfants ; 46 ont été certifiés tels et rendus à leur famille. Pas une femme, pas une fille, sur aucune des listes.
Quatre garçons ne pouvaient pas être simplement raccompagnés chez eux. Deux ont été orientés vers le centre Mbongwana de l'AED, un vers la communauté protectrice du camp Kokolo, un vers le Foyer Père Frank de l'ORPER. Un cinquième, recherché pour un viol commis dans la cité, a disparu avant la fin de la séance.
Les rapports se terminent par des remerciements : à l'équipe de la DISO, aux agences des Nations unies, et aux candidats eux-mêmes pour l'intérêt qu'ils ont manifesté. Leur recommandation est aussi simple que la loi : dire à l'enfant de ne pas s'enrôler, et d'attendre les occasions qui se présenteront à lui après dix-huit ans.
Le doute profite à la minorité.
En chiffres
De 1 721 à 46
De la file d'attente au retour en famille, chaque étape resserre le nombre et demande davantage de soin. Ouvrez une étape pour voir ce qui s'y fait réellement.
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