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2018 – 2022 · Protection communautaire

Mille six cent vingt-huit retours

Ramener un enfant chez lui prend rarement une journée. Il faut l'écouter, retrouver la famille, négocier plusieurs jours durant, puis revenir vérifier des mois plus tard. Entre 2018 et 2022, ce travail patient a été mené à l'échelle de six communes de Kinshasa.

Un consortium, six communes

Le projet s'appelle « Renforcement du système de protection communautaire des enfants et jeunes de Kinshasa ». Il est financé par Affaires mondiales Canada à hauteur de sept millions de dollars canadiens, signé par Médecins du Monde France, coordonné par Médecins du Monde Belgique, et mis en œuvre par un consortium de trois : Médecins du Monde, le REEJER et Apprentis d'Auteuil.

Il démarre en mars 2018 pour quarante-quatre mois. Six structures membres du REEJER en assurent l'exécution dans six communes : Makala, Limete, Lemba, Matete, Kintambo et Masina.

Le constat de départ est chiffré sans complaisance. Kinshasa compte alors onze millions d'habitants et un taux de mortalité infantile de 75 pour mille. Les enfants et les jeunes représentent 70 % de la population. Quant au nombre d'enfants en situation de rue, le rapport reconnaît qu'on l'ignore : il l'estime entre trente et cinquante mille, en précisant qu'aucun recensement n'a été mené depuis 2006.

Comment on ramène un enfant chez lui

La méthode porte un nom et un ordre : identification, documentation, médiation, réunification, suivi. Elle commence par des échanges, des discussions et de longues écoutes de l'enfant. Vient ensuite l'enquête : les éducateurs partent retrouver la famille, ce qui peut prendre des semaines.

Puis la médiation. Le rapport insiste sur ce point : plusieurs jours de négociation sont nécessaires entre les éducateurs, la famille et l'enfant, pour créer un climat de confiance et permettre un retour apaisé. On ne dépose pas un enfant devant une porte.

Enfin le suivi, sans lequel le reste ne tient pas. Entre avril et septembre 2021, 1 554 enquêtes ont abouti à 202 réunifications, dont 84 depuis la rue et 118 depuis un centre d'accueil. Deux cent quatre-vingt-onze enfants déjà rentrés ont été revisités.

Ce que le suivi révèle

Sur les 291 enfants revisités pendant ce semestre, dix-huit étaient repartis dans la rue. Les éducateurs ont analysé chaque cas et en donnent trois raisons : la famille n'a pas de quoi vivre, la violence à l'intérieur du foyer, et le refus pur et simple de l'enfant par les siens.

Sept de ces dix-huit enfants ont été retrouvés et réaccueillis dans les centres. Pour les autres, le réseau cherche des familles d'accueil transitoires.

C'est le même constat que le recensement de 2006 formulait déjà : réunifier ne suffit pas si rien n'a changé dans la maison où l'enfant retourne. La différence, ici, c'est qu'on revient voir.

Et le système autour

Le projet ne se limite pas aux enfants. Six comités locaux de protection de l'enfance et seize communautés locales de protection ont été renforcés dans les quartiers, atteignant intégralement leur cible.

Des comités de médiation ont été installés, à raison de trois personnes par commune : un président venu du ministère du Genre, un secrétaire des Affaires sociales, un membre de la société civile. Leur rôle est de régler à l'amiable les situations d'enfants en conflit avec la loi, et d'éviter ainsi des procédures judiciaires qui abîment plus qu'elles ne réparent.

Enfin le droit lui-même. Le consortium a porté des propositions d'amendement à la loi portant protection de l'enfant, discutées avec un juge du tribunal pour enfants de Ngaliema, le Conseil supérieur de la magistrature, l'école de criminologie de l'université de Kinshasa, Save the Children et la coopération canadienne. Parmi elles, un article 12 bis instituant la bienveillance de la justice envers les enfants victimes et témoins tout au long de la procédure.

Réunifier ne suffit pas si rien n'a changé dans la maison où l'enfant retourne.

En chiffres

0 M
de dollars canadiens sur quatre ans
0
enfants réunifiés avec leur famille
0
enquêtes familiales menées
0
communes de Kinshasa couvertes

Par rapport à la cible

Le cadre de rendement du projet fixe une cible pour chaque indicateur sur l'ensemble des quatre ans. Voici où en étaient les résultats cumulés en septembre 2021. Certaines lignes dépassent largement, d'autres restent en retrait, et les rapports ne masquent ni les unes ni les autres. Les pourcentages sont calculés à partir des totaux affichés.

Repère : la cible de fin de projet

Partenaires

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