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2018 · Violence urbaine et jeunesse

Désapprendre la violence

Dans trois communes de Kinshasa, des clubs réunissent chaque semaine une vingtaine de garçons de dix à dix-neuf ans. On y parle de genre, de pouvoir, de colère, et de ce qu'on a vu faire à son père. L'objectif est simple : qu'ils ne rejoignent pas les Kuluna.

Une recherche avant un projet

Avant d'ouvrir le premier club, Promundo a mené une étude formative sur la violence des jeunes à Bumbu, Makala et Kintambo. Il s'agissait d'en chercher les causes profondes, les facteurs d'influence, et les solutions possibles.

Ce que l'étude a trouvé ne ressemble pas au discours habituel sur les gangs. Les causes retenues sont les constructions sociales de la masculinité, c'est-à-dire les normes culturelles et le système patriarcal répandu dans la société congolaise ; la domination masculine dans la famille, qui pousse les garçons à reproduire le comportement de leur père sans jamais le questionner ; le fait de vivre à proximité des Kuluna ; le fait d'avoir vu, en grandissant, les conflits et les violences à l'intérieur de sa propre famille ; et l'absence de politiques sociales répondant aux besoins des jeunes.

Quatre de ces cinq causes se trouvent dans la famille ou dans la culture, pas dans la rue. C'est là que le projet a décidé de travailler.

Comment marche un club

Une vingtaine de jeunes de dix à dix-neuf ans sont identifiés dans les rues d'un quartier et forment un club. Un binôme de facilitateurs conduit chaque séance et donne, obligatoirement, un devoir sur le thème du jour.

La semaine suivante commence par le récit de ce devoir : chacun raconte comment cela s'est passé chez lui. C'est ce devoir qui fait sortir le club de la salle et l'emmène dans la maison et dans la rue.

Le manuel du facilitateur compte quatorze séances : le genre et le sexe, le pouvoir et les relations, comprendre la violence et ses conséquences, exprimer et gérer ses émotions, communiquer pour transformer un conflit, la sexualité et l'intimité, la santé sexuelle et reproductive, l'usage et l'abus de substances psychoactives, les jeunes sages font des choix sages, la rencontre avec les adultes qui comptent, réunir les efforts pour mettre fin aux violences dans la famille et à l'école, l'activisme, et pour finir une cérémonie de célébration communautaire.

Les méthodes sont celles qui font parler : jeu de rôle, discussion de groupe, débat.

Ce que le REEJER a fait en 2018

Les 19 et 20 avril, 120 éducateurs sociaux venus des structures membres du réseau, dont 45 femmes, ont été formés au manuel du facilitateur, en deux groupes de soixante. En septembre, 60 personnes venues de 29 structures ont travaillé deux jours sur le cadre de ressources et sur l'approche transformationnelle du genre.

Ces ateliers ont produit un constat inconfortable, et les participants l'ont formulé eux-mêmes sur leurs propres centres : la plupart sont aveugles au genre. On y oriente les filles vers la coupe et couture ou l'esthétique, et les garçons vers la menuiserie, la maçonnerie ou la mécanique. Les participants ont qualifié leurs propres pratiques d'exploitantes ou d'accommodantes. Une seule école a été jugée réellement transformatrice.

Une descente sur le terrain avec la consultante du projet a montré autre chose : parmi les jeunes qui suivaient les séances, certains présentaient des signes de troubles psychologiques. Le REEJER et le Living Peace Institute ont donc réuni formateurs, superviseurs et trois psychologues pour apprendre à les repérer, et ont adopté des fiches d'identification, d'accompagnement et de suivi.

Ce que les communes en ont fait

Le 19 septembre 2018, dans la salle de la maison communale de Kintambo, les bourgmestres de Makala, Bumbu et Kintambo ont signé une décision créant les clubs de jeunes contre la violence dans leurs communes. La cérémonie s'est tenue sous le patronage du gouverneur de Kinshasa, devant les représentants des ambassades du Canada, de France et de Suède, d'ONU-Femmes et de l'UNFPA, des députés provinciaux et quatre ministres provinciaux. Avant la signature, un jeune du club, son parent et un officier de police formé par Promundo ont témoigné.

La ministre provinciale de l'Éducation et du Genre a demandé publiquement que le projet crée aussi des clubs de filles, celles-ci jouant selon elle un double rôle dans la violence urbaine : entraînantes pour les garçons, et victimes elles-mêmes.

Ensuite, chaque commune a emmené le travail ailleurs. À Bumbu, 240 jeunes déjà formés ont été recontactés et répartis entre cinq pôles de la communauté protectrice ; des certificats d'indigence ont été obtenus pour que certains retournent gratuitement à l'école ou entrent à l'Institut national de préparation professionnelle, où beaucoup ont choisi la construction, le carrelage et l'électricité. À Kintambo, la police et les chefs de quartier sont allés parler aux femmes qui prostituaient des jeunes filles, pour faire cesser l'exploitation des mineures. À Makala, la communauté protectrice s'est mise à rencontrer deux fois par semaine les chefs d'écuries de gangs, afin de dresser un garde-fou entre eux et les jeunes qui venaient d'être formés.

La violence des garçons s'apprend à la maison avant de s'exercer dans la rue.

En chiffres

0
éducateurs formés au manuel du facilitateur
0
séances dans le parcours d'un club
0
communes pilotes
0
jeunes recontactés à Bumbu

Trois niveaux à la fois

Le projet ne mise pas seulement sur les garçons. Il agit à trois niveaux emboîtés : le jeune lui-même, les lieux où il passe ses journées, et les institutions qui décident au-dessus des deux. Choisissez un niveau.

Que les garçons et adolescents de dix à dix-neuf ans adoptent moins de comportements violents, gagnent confiance en leur propre capacité d'agir, et tiennent des attitudes plus équitables entre les sexes.

  • Quatorze séances par club, animées par un binôme de facilitateurs, avec un devoir à faire entre chacune.
  • Des fiches d'identification, d'accompagnement et de suivi adoptées pour les jeunes présentant des signes de troubles psychologiques.
  • Trois psychologues associés aux formateurs et aux superviseurs des clubs.