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2017 – 2018 · Urgences et préparation

Après août, un plan

Les 7, 8 et 9 août 2017, Kinshasa s'embrase. Quand tout retombe, les centres d'accueil du réseau comptent 390 enfants de plus qu'à l'ordinaire. C'est ce chiffre, plus que tout discours, qui a décidé de l'année suivante.

Trois jours d'août

Des partis politiques et des membres de la société civile appellent à manifester. Des affrontements éclatent entre la police nationale et les manifestants. Dès le dimanche soir, avant même le début des marches, des enfants commencent à affluer vers les centres d'accueil des structures membres du réseau, surtout à Kalamu, Kasa-Vubu, Matete et Masina.

Le réseau avait préparé le terrain : un spot validé par le groupe de travail sur la protection de l'enfance était diffusé depuis juillet sur cinq chaînes de télévision, et les radios des marchés avaient tenu trente-cinq séances dans treize marchés pour expliquer la conduite à tenir vis-à-vis des enfants pendant les manifestations.

Pendant les trois jours, des équipes d'éducateurs sociaux sont déployées, la Croix-Rouge assure les soins, et la police partage les informations sur les enfants touchés. Trente-quatre enfants séparés ou non accompagnés sont enregistrés, onze filles et vingt-trois garçons. Trois enfants blessés sont soignés. Un enfant figure parmi les morts.

Après coup, les trente-quatre enfants séparés sont tous réunifiés avec leur famille à travers les communes de Kinshasa. Les trois cent cinquante-six autres regagnent leurs lieux habituels. Et les rapports notent, sans détour, ce qui a manqué : beaucoup de structures d'accueil n'ont aucun appui pour faire face à une urgence. Le REEJER, avec l'accord de l'UNICEF, a dû soutenir en catastrophe les centres HOPE et ORPER pour nourrir et soigner tout ce monde.

Cinq provinces, une échéance

La République démocratique du Congo traverse depuis près de deux décennies des crises politiques, sociales et économiques. Aux conflits armés de l'Est s'ajoutent leurs ramifications à l'Ouest : les milices Kamwina-Nsapu au Kasaï-Central, le mouvement politico-religieux Bundu dia Mayala à Kinshasa. Siège des institutions, la capitale est la ville la plus agitée du pays, et ses manifestations politiques tournent souvent à l'affrontement.

Le REEJER avait déjà piloté, en 2017 et avec l'appui de l'UNICEF, un projet destiné à préparer les acteurs de protection de l'enfance aux urgences attendues autour des élections alors annoncées pour décembre 2017. Le scrutin a glissé. Le projet suivant s'est étendu à cinq provinces : Kinshasa, le Kongo Central, le Kwilu, le Kwango et le Mai-Ndombe.

Prévu pour deux mois, il en a duré quatre. Le calendrier électoral fixait alors le vote au 23 décembre 2018, et tout le travail de l'année a été organisé autour de cette date.

Ce que le réseau a mis en place

D'abord la parole publique. Soixante copies CD et DVD de spots ont été dupliquées et remises aux diffuseurs. Neuf organes, cinq chaînes de télévision et trois radios, ont passé trois fois par jour les messages de protection de l'enfant pendant les manifestations politiques, d'août à octobre 2018 : environ 2 430 diffusions. L'agence de production estime à trente mille le nombre de personnes atteintes.

Ensuite le plan. Pendant trois jours d'octobre, dans la salle Espace Biso Bana du REEJER à Kasa-Vubu, une trentaine de responsables de structures d'accueil, la division provinciale de la protection de l'enfance, la division urbaine des affaires sociales, la Caritas et la Croix-Rouge ont actualisé le plan de contingence de la province de Kinshasa. Ils ont revu les interventions au regard des niveaux de risque, le budget, et l'arbre de communication qui dit qui appelle qui. Un premier brouillon de plan national en est sorti.

Et le travail de rue, qui n'a pas cessé. Des équipes éducatives mobiles, de jour comme de nuit, vont à la rencontre des enfants sur leurs sites de vie avec les leaders de la rue, munies de la cartographie et du circuit de référencement vers les structures spécialisées. Le message qu'elles portent tient en une phrase : enfant, ta place est en famille et à l'école.

Enfin la vérification d'âge chez les recrues, poursuivie toute l'année. Le REEJER est invité au camp Kokolo le 14 mai, le 26 septembre et le 1er novembre : sur 998 pré-recrus listés, 881 sont vérifiés et quatre, certifiés enfants, sont rendus à leur famille. Au Kongo Central, l'agence Simama-Développement fait de même sur cinq sites, Matadi, Boma, Mbanza-Ngungu, Kisantu et Muanda, et certifie un cinquième enfant sur 301 recrues. Les rapports appellent cela l'opération Zéro Enfant dans les FARDC, et signalent une difficulté : ces missions sont improvisées. Le réseau demande à être prévenu quarante-huit heures à l'avance.

Les enfants que la justice envoie

Entre octobre 2017 et mars 2018, les centres du réseau ont accueilli 797 enfants. La plupart, 687, étaient des enfants non accompagnés ou vulnérables ; dix-neuf sortaient des forces et groupes armés ; quatre-vingt-onze étaient des enfants en conflit avec la loi, placés là par ordonnance d'un juge pour enfants.

Ce dernier groupe pose un problème que les rapports n'esquivent pas. Sur soixante-treize de ces enfants placés, treize filles et soixante garçons, trente-deux se sont enfuis du centre. Vingt ont été réunifiés avec leur famille, trois repris par des assistants sociaux, dix-huit attendaient encore. Et pour la plupart, précisent les rapports, il s'agissait d'enfants en situation de rue traduits en justice pour des faits bénins.

La cause est nommée sans détour : l'ordonnance du juge ne mentionne jamais la durée que l'enfant doit passer au centre. S'y ajoute l'absence de transport pour ramener l'enfant du centre au tribunal quand le juge le convoque. La recommandation du réseau est modeste et procédurale : organiser des rencontres de coordination avec les juges pour enfants.

Dix-sept enfants sortis des forces et groupes armés, référés de Lubumbashi, ont quant à eux tous retrouvé leur famille après recherche et médiation : deux à Kinshasa, un à Kenge, un à Kikwit, trois au Kongo Central, cinq à Gemena, cinq à Mbandaka.

Enfant, ta place est en famille et à l'école.

En chiffres

0
enfants accueillis en plus en trois jours
0
diffusions radio et télévision en 2018
0
provinces couvertes
0
enfants pris en charge en six mois

Ce que trois jours ont fait

Voici ce qu'ont vécu cinq centres d'accueil du réseau pendant les journées du 7 au 9 août 2017. À gauche, leur effectif ordinaire ; à droite, celui des trois jours. Au total, 224 enfants au départ, 614 pendant la crise.

Un soir ordinaireDu 7 au 9 août 2017

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