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2009 · Enfants sortis des groupes armés

Redevenir des enfants

En janvier 2009, cent dix-huit enfants sortis des forces et groupes armés de l'Est arrivent à Kinshasa. Ils ne devaient qu'y passer. Le REEJER les a répartis entre trois de ses centres, avec une règle qui traverse tous les rapports : ne pas en faire une catégorie à part.

Sortis de l'armée, puis bloqués

Les opérations des FARDC contre le CNDP et les mouvements Maï-Maï, à l'Est de la RDC, ont jeté des populations entières sur les routes : plus de 305 000 nouveaux déplacés internes enregistrés depuis 2007. Comme toujours, les enfants sont les premiers touchés, et nombre d'entre eux ont été enrôlés dans les forces et groupes armés, en violation ouverte de la loi.

Informé de la présence d'enfants au centre de brassage de Kitona, le centre Simama-Développement de Moanda, appuyé par l'UNICEF et la MONUC, a mené un plaidoyer soutenu auprès des autorités militaires pour obtenir leur sortie de l'armée. Cent dix-sept enfants, originaires des deux Kivu et de la Province orientale, lui ont été remis. Il les a encadrés jusqu'au 14 janvier 2009.

Puis l'impasse. Ces enfants ne pouvaient pas rentrer chez eux : la guerre continuait là d'où ils venaient. Ils ne pouvaient pas non plus rester : la population de Moanda leur était hostile. On a donc décidé de les relocaliser à Kinshasa, une ville qu'aucun d'eux ne connaissait, le temps que le retour en famille devienne possible.

Chacun est arrivé avec un dossier préparé à Moanda : une attestation de sortie d'un groupe armé, une fiche de vérification individuelle, une fiche de documentation. Sur le papier, la guerre était derrière eux.

Trois centres, deux arrivées

Le 16 janvier, soixante-treize garçons arrivent et se répartissent entre le CPEJD, qui en reçoit cinquante-six, et l'AED, qui en prend dix-sept. Le 18 janvier, quarante-cinq autres suivent, dont trois filles, l'une enceinte : les quarante-deux garçons rejoignent l'AED, les trois filles le centre HOPE, la structure du réseau spécialisée dans l'accompagnement des filles.

À l'arrivée, après la douche, une séance d'accueil : présentation de l'équipe éducative, lecture du règlement intérieur, explication du fonctionnement de la maison. On leur dit aussi que d'autres enfants vivent déjà là, et qu'ils partageront désormais leur quotidien.

Presque aucun n'avait d'habits dans son sac. On leur avait parlé de Kinshasa, et beaucoup avaient vendu ce qu'ils possédaient en espérant recevoir mieux en arrivant. Chacun a donc reçu un kit d'entrée : un pantalon, une chemise, une paire de chaussures, un drap, une moustiquaire imprégnée, du savon, une brosse à dents et du dentifrice. Tous ont été examinés à l'hôpital, et plusieurs y ont été admis.

Ne pas les mettre à part

C'est la décision qui revient dans chaque rapport. Au centre HOPE, qui hébergeait déjà vingt-huit filles et un petit garçon, l'UNICEF a financé, via le REEJER, l'alimentation de toute la maison plutôt que celle des trois seules arrivantes, afin qu'aucune ségrégation ne s'installe à table. Les vingt-neuf enfants déjà présents en sont sortis mieux nourris.

À l'AED et au CPEJD, les causeries éducatives et les séances d'accompagnement psychosocial ont été rendues obligatoires pour tous : les nouveaux venus comme les enfants de la rue qui vivaient là depuis longtemps.

Rien de sentimental là-dedans. Les rapports décrivent sans détour ce que cela a coûté : de la violence, des vols répétés au centre, des chaises, des mousses, des seaux, des ampoules ; des affaires reçues puis revendues ; des menaces envers les éducateurs ; le refus de parler lingala quand on était pris en faute ; et surtout le retour des anciennes loyautés, celle du groupe armé auquel chacun avait appartenu, parfois celle de l'ethnie. Les enfants de la rue supportaient mal les arrivants, et les arrivants cherchaient à les dominer.

Ce que les équipes ont fait : séparer les deux groupes antagonistes entre l'AED et le CPEJD, traiter tout le monde de façon strictement égale, appeler la police quand les menaces venaient du dehors, multiplier les entretiens individuels avec les plus jeunes, et occuper les journées, rattrapage scolaire, apprentissage d'un métier, entretien des lieux, préparation des repas, football et volley avec les enfants du quartier.

Repartir

Chaque enfant qui repartait recevait un kit de sortie d'une valeur d'au moins quarante dollars. Les retours vers l'Est se sont faits par les vols du Comité international de la Croix-Rouge, au fur et à mesure que la recherche familiale aboutissait.

La jeune fille enceinte est partie pour Kiwanja, au Nord-Kivu, le 30 mars 2009, avec un kit préparé pour elle et pour l'enfant attendu en juin. Une autre des trois filles a choisi de rester le temps de terminer sa formation accélérée en esthétique, pour rentrer chez elle avec un métier.

La conclusion que le réseau tire lui-même, en 2009, est sobre : avec cent quatre-vingts organisations membres, dont cinquante disposent de centres d'hébergement, le REEJER pourrait accueillir bien davantage d'enfants en transit par Kinshasa. Et dans la même phrase, il demande que ses travailleurs sociaux soient mieux formés pour cela.

Nourrir toute la maison, pour qu'aucune ségrégation ne s'installe à table.

En chiffres

0
enfants accueillis en janvier 2009
0
centres du réseau mobilisés
0 $
de budget, sur quatre mois
0
organisations membres du réseau en 2009

Où ils ont été accueillis

Les enfants n'ont pas été regroupés en un seul lieu. Ils ont été répartis entre trois centres membres du réseau, selon leur sexe et la place disponible. Chaque maison a connu une histoire différente : choisissez-en une.

118enfants, répartis entre trois centres

Partenaires

UNICEFMONUCCICRSimama-Développement